ÉLAN

Fondée en 1957, ÉLAN est une publication désormais annuelle, éditée par le Fec. Indépendante de tout groupe de presse, elle aborde aussi bien des sujets économiques, sociaux, politiques, religieux ou culturels. Elle représente un concentré des activités du foyer : résumés des conférences, pages opinions, recensions, articles d’analyse.

ELAN 2021
Prix : 29 €
256 pages. Détail du sommaire (cliquer pour ouvrir le pdf).
Directeur de la publication : Etienne TROESTLER

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Editorial de la publication 2021
Par Etienne Troestler

La revue Élan est née en 1957. Les motivations de ceux qui s’engagèrent alors dans la publication de ce bimestriel furent celles de toute une génération désireuse de construire un monde nouveau au lendemain de la guerre. Le bien-être matériel et moral dans une économie prometteuse devait se penser et s’organiser dans les entreprises, l’agriculture, les associations, les syndicats. Il fallait aussi réunir les bonnes volontés et encourager les institutions naissantes de l’Europe pour réussir la paix, face au communisme qui s’imposait çà et là, dans presque tous les continents et face aux égoïsmes nationalistes qui avaient fait tant de ravages. Leurs actions, c’était : le débat d’idée, la volonté de faire bouger, de mettre en mouvement et même l’affirmation de convictions. La foi chrétienne en faisait partie. Pour mieux comprendre les ressorts des engagements de cette époque, on lira avec intérêt l’article La vie, la pensée, l’action : Blondel vs Maritain de Jean-Luc Hiebel, qui retrace avec pertinence les idées philosophiques qui motivèrent les rédacteurs d’alors.

Mais aujourd’hui, me direz-vous, pourquoi continuer l’aventure ? Pourquoi une version papier alors que pour bien diffuser l’information, c’est par les écrans qu’il faudrait passer ? Une première réponse, c’est la fidélité. Élan c’est, comme indiqué en sous-titre, Les Cahiers du FEC. A ce titre, nous sommes des héritiers. Et si aujourd’hui on prend un grand soin à sauver châteaux, églises et bâtisses en tous genres, alors, une revue fait aussi partie du patrimoine. Le FEC continue à agiter le bocal, à susciter le débat, à critiquer, à s’inquiéter de l’Alsace, de l’Europe, et continue plus que jamais à former des étudiants à l’engagement et aux responsabilités (deux étudiantes signent des articles). Ainsi, préservons le patrimoine qu’est la revue Elan.

Une deuxième réponse, c’est de ne pas céder –au nom d’une certaine modernité– au numérique, qui consisterait à mettre «en ligne» nos textes ci-après édités. Certes, le débat est ouvert, entre les partisans du numérique condescendants et les conservateurs du papier… Il nous semble que le papier garde une certaine valeur, un gage de qualité éditoriale, une certification morale en tant que signe d’une pensée évaluée, jugée. On lira l’analyse de Jacques Fortier à ce sujet : nous la partageons.

Dans ce prolongement, nous voyons une troisième réponse. Le papier permet des versions longues. Explication : nous avons la conviction que la pensée peut se comprendre quand elle entre dans un format long. Trop souvent, le numérique oscille entre quelques secondes de lecture et au plus, trois ou quatre minutes (c’est ainsi que l’on évalue aujourd’hui la rédaction d’un texte au format «numérique»). Comment une pensée, c’est-à-dire un chemin, une progression, un système, une analyse, une proposition d’arguments et contre-arguments, peut-elle trouver écho chez le lecteur si le rédacteur n’a pas pris son temps ? Il y a une grande paresse intellectuelle aujourd’hui chez nos contemporains à vouloir en quatre phrases, ou quinze secondes, appréhender une idée. Les intellectuels eux-mêmes ont perdu leur pouvoir de légiférer. Les penseurs sont les grands absents des médias en vogue. Il reste quelques miettes çà et là dans quelques journaux, radios et heureusement quelques revues… cependant presque toutes confidentielles. Aujourd’hui, sur les sites Internet et les réseaux sociaux, tout se vaut, toutes les paroles ont même valeur. La médiocrité de nos débats démocratiques fait le lit de la moindre rumeur, du complotisme le plus bête. Ici, on lira l’article de Christine Muller.

Les médias (papier, télé etc.) ont le souci d’être indépendants. On ne doute pas de leur sincérité. Cependant, nous savons aussi que ces médias font partie de groupes financiers, de «patrons» qui, sans faire une ingérence quotidienne dans les rédactions, veillent sur la ligne idéologique, parfois de loin, parfois de près. D’ailleurs, si l’on souhaite si souvent voir triompher la démocratie à tous les niveaux, il n’y a par contre aucun contrôle démocratique des médias ! Elan est une revue totalement indépendante, elle n’est inféodée à aucun parti politique, aucune tendance philosophique et elle est même totalement indépendante de l’Église.

En dernier lieu, l’objet même du livre, comme tous les livres, est d’être comme un compagnon. On peut le feuilleter, et, suivant l’humeur ou l’envie du moment, s’arrêter sur un titre. Peut-être s’engager dans la lecture ou le réserver pour une autre occasion. Il ne souffre pas d’une batterie faible, d’une connexion instable. Il n’agresse pas la rétine et s’emporte vraiment n’importe où. Que tous les fadas du progrès qui prophétisaient la fin du papier se taisent. Certes, le livre connaît des changements, mais il n’a pas été «remplacé» par le numérique. La presse quotidienne semble avoir plus de difficultés à s’adapter.

La livraison 2021 d’Elan s’attache à la question transfrontalière et européenne. S’il y a des chemins à poursuivre, des sillons à creuser, des nouvelles voies à ouvrir, c’est évidemment vers le dépassement des frontières nationales. Le long témoignage du Cyrille Schott –préfet honoraire– est précieux, car il montre comment, quotidiennement, et grâce à des convictions nées d’expériences personnelles, anciennes, l’idée européenne et le vivre ensemble deviennent des lignes de vie. Avec Jean-Marie Woehrling, nous avons une analyse précise de la panne du transfrontalier dans la crise de la Covid que nous subissons. Les intentions semblent souvent bonnes et généreuses, les crispations institutionnelles cependant demeurent, les fonctionnements sont raides. Hervé Mortiz se penche sur le destin européen de Strasbourg. Ses convictions ont l’estampille du jeune militant et d’un penseur européen digne des pères fondateurs.

Un dossier traite aussi des réformes de l’Eglise. L’Eglise des hommes, une planète où les femmes ont si peu voix au chapitre. On y discourt volontiers sur les valeurs essentielles des femmes (elles sont mères, protectrices…), mais celles-ci n’en demeurent pas moins de pâles satellites d’une planète finalement stérile, froide.

La thématique alsacienne est abordée à travers l’histoire de façon rare, inhabituelle, surprenante, dans deux articles très rigoureux : vous redécouvrez Sainte Odile –on croyait tout savoir!– (Marie-Thérèse Fischer), et l’histoire militante de la culture alsacienne (Armand Peter). Un géographe (Raymond Woessner) se penche sur un intéressant projet : Live Valley. On constate encore que la thématique alsacienne infuse dans bien d’autres contributions… La question alsacienne ne se cloisonne pas, elle infuse !

Et pourquoi ne pas s’intéresser à Nicolas de Cues ? Certes, ce n’est pas une star, un personnage que l’on site dans chaque contribution philosophique ou théologique comme Platon, Luther, Spinoza, Kierkegaard, mais il mérite notre attention car il nous plonge dans des questions qui sont essentielles et qui méritent toute notre attention, aujourd’hui encore. Une philosophie plus contemporaine nous entraîne avec Marc Chaudeur sur la délicate question des valeurs… le débat est ouvert. A vous de vous faire votre opinion.

La crise de la Covid est abordée par la poésie, par la philosophie du fidèle et toujours remarquable Jean-Paul Sorg, et par un très utile rappel du fonctionnement de l’hôpital (Véronique Lecomte).

Enfin, la fameuse page trente-deux, tenue pendant plusieurs décennies par Camille Claus, puis en 1998 par Jean-Paul Sorg, reste signée toujours par JPS, pour notre grand plaisir.