Fondée en 1957, ÉLAN est une publication désormais annuelle, éditée par le Fec. Indépendante de tout groupe de presse, elle aborde aussi bien des sujets économiques, sociaux, politiques, religieux ou culturels. Elle représente un concentré des activités du foyer : résumés des conférences, pages opinions, recensions, articles d’analyse.
ELAN 2025 – 69 ème année
Prix : 19 € (hors frais de port)
Publication de 296 pages
Directeur de la publication : Etienne TROESTLER
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Éditorial de la publication 2024
Par Ronan Ribière et Firmin Laporte, étudiants
A Taizé, voyage du FEC, avril 2024. Vingt et un étudiants au fond de la Bourgogne, qui cherchent la sève des choses, qui cherchent à savoir ce qu’est la source de vie. Et quid du monde autour ?
Que dit cette petite assemblée de ce qui se trame dans les hauteurs du pouvoir, en Europe, dans l’Eglise, de ceux qui ont pensé l’Alsace ou la terre entière ?
Aussi étonnant que cela puisse paraître, ces réalités sont assurément du même bois. La communauté oecuménique de Taizé, depuis quatre-vingt-trois ans, semble prendre racine dans la même terre que l’institution FEC, qui s’apprête à fêter son centenaire. Si elles interrogent le monde, c’est à partir d’un élan, renouvellement constant. Comme un vieux chêne, elles bourgeonnent sans laisser transparaître le poids des ans. Mais tout comme les grands arbres, leur tronc fait apparaître, par strates successives, la marque des générations qui ont fait leur croissance. Il reste à prendre de la hauteur, à monter à la cime, pour voir notre propre rôle au milieu de cette forêt d’idées et d’actions. Elan, depuis dix-neuf cent cinquante-sept, les conférences du FEC plus anciennes encore, et tout simplement la vie des étudiants qui se sont succédé Place Saint-Etienne fixent notre pensée dans une continuité, qui permettent de comprendre et appellent à semer. Semer les plants d’un monde nouveau ou juste de l’Alsace à venir. Semer l’inquiétude, disait frère Médard…
Cette inquiétude, elle est avant tout le fait de penseurs très divers, dont la richesse et l’originalité des points de vue permettent de se forger une vision nouvelle du monde. L’article de René Heyer, Jean-Luc Hill et Dominique Lerch sur Roland Sublon représente avant tout l’hommage à un homme hors du commun. Du sacerdoce à la médecine en passant par la psychanalyse et son poste de professeur, il semble avoir tout fait, tout pensé, tout expérimenté. Comment ne pas être frappé par son parcours, ou par son verbe ? Il en a maqué plus d’un avec ses courtes mais efficaces homélies très proches des textes, ou ses sermons plus libres (son attachement à la distinction en dit long sur la finesse de son esprit). Mais son inventivité ne l’a pas éloigné de ses amis, et de son cher village de Saint-Blaise-la-Roche. Avec Sublon, on se figure qu’une pensée de quelque chose est avant tout pensée de quelque part.
On pourrait dire la même chose d’Albert Strickler, dont le « Tourneciel » poétique a toujours été un ciel alsacien. Et quoi de mieux pour rendre hommage à un poète qu’un article lui-même écrit avec une certaine poésie, comme celui de Jean-Paul Sorg ? Entre étonnante continuité géographique et stylistique et remous dans la maladie et les affres de la vie, la simplicité de l’écriture de Strickler prend de la hauteur sans devenir inaccessible. Sa simplicité n’efface pas tout ce qu’elle a de lyrique, et les choses du quotidien comme la nature deviennent sous la plume du poète des éléments presque sacrés, invitant à une lecture toujours approfondie.
Mais la force d’Elan réside dans sa capacité à nous faire passer du monde des idées poétiques à des idéologies critiques, dans la continuité de penseurs très engagés. Engagé, l’article de Quentin Meyer sur « Bookchin, l’écologie politique et le communalisme » et son influence sur Floréal Romero l’est assurément. Pourtant, il s’agit moins d’un manifeste que d’une présentation très complète d’un parcours. Murray Bookchin, essayiste écologiste et libertaire, fait réfléchir. L’on peut ainsi découvrir son point de vue original sur les écosystèmes, l’homme et sa place sur terre. Les trois piliers de sa pensée, anarchisme, marxisme et écologisme, donnent un regard nouveau sur un « communalisme » qui donne la même valeur à tous les genres d’oppression pour mieux les combattre.
Vie de combat, convergence des luttes… la première question que se posera probablement Christine Muller à la lecture de cet article est la suivante : s’approche-t-on de l’idéologie woke ? A travers son « Immersion dans l’univers du woke », elle pointe cette idéologie venue directement des Etats-Unis, et son influence croissante en France. Contagion, libération ? Aucun des deux : effacement, bien plutôt : effacement de l’histoire, d’une part de la population. Comme si le poids des ans avait rendu le fardeau du passé trop lourd. Mais le jeter sur le bord du chemin ne semble pas pour autant la bonne solution : que faire de l’universalisme républicain, de la liberté d’expression ? Ces notions semblent purement étrangères aux universitaires américains, qui n’ont pas le même « background » intellectuel. C’est donc d’abord une incompréhension patente que cet article souligne, dans un monde où l’on est (de plus en plus ?) sourd à la parole de l’autre. Ainsi s’exprime dans Elan la multiplicité d’une pensée du monde, une pensée qui interpelle, une pensée qui fonde les luttes et les rêves.
Une pensée à la marge, toujours ? Pas vraiment, quand elle rejoint pour part les courants de pensée de certains philosophes un peu mis à mal ces dernières années. Dans son article sur « Les Animaux dans l’art contemporain », Marc Chaudeur met en avant les contradictions des nouveaux dogmes philosophiques qui s’appuient sur une forme d’équivalence universelle. Tout : homme, animal, objet, tout semble ainsi uni en un tout homogène. Il y a le tout, mais il n’y a plus de vraie place pour une spécificité humaine. Plus de place pour le « Pas de l’homme » que Pierre Teilhard de Chardin définit dans son Phénomène humain, marquant sa spécificité sans l’opposer pour autant à des sortes bêtes sans valeur. D’actualité, cette question s’inscrit donc également dans la grande histoire de la métaphysique et de la pensée de ce qui fait l’homme : y a-t-il une différence de degré ou de nature entre lui et l’animal ? Comme un poids passé d’un côté d’une balance à l’autre, une sorte de croyance aveugle en une science toute puissante a renversé brutalement la pensée commune.
En cela, l’article « L’intelligence pour quoi faire ? » De Jacques Roth se rapproche de ce point de vue. D’une différence ontologique radicale entre corps et idée platonicienne ou âme cartésienne, l’on est passé à une forme d’unité universelle, au détriment de la spécificité de l’animal et de l’homme. Ce dernier devient bien plutôt humain, au sens très biologique du terme, ce qui interdit toute reconnaissance de ce qu’il a d’unique. Le positivisme qui préside de façon généralisée aux recherches scientifiques et vient en droite ligne d’Auguste Comte et ses disciple établit un nouveau culte du corps. Mais ce n’est pas un corps bien perçu, ou encore le corps « temple de l’Esprit saint » (I Co VI, 19) que des croyants chargent d’une dignité infinie. C’est au contraire le corps comme unité de mesure, utilisé par la science et mis en scène dans l’art. L’Ehrfurcht vor dem Leben (respect émerveillé, respect devant l’ineffable de la vie) d’Albert Schweitzer, valorisation de toute forme de vie et particulièrement de l’homme dans toute sa spécificité, semble bien loin des conceptions de certains…
Ce respect ne tombe pas sous le coup de l’évidence. C’est le constat pessimiste mais « réel » que font l’évêque Antoine Hérouard, Chrisots Giakoumopoulos et Constantin Sigov dans leur article « Construire la paix en Europe, aujourd’hui ? ». De l’Ukraine au conflit israélo-palestinien en passant par le Haut-Karabakh, nous faisons face à une réalité préoccupante : le retour de la guerre. Un retour, non pas au sens de conflits éclatants çà et là, mais bien au sens d’une dynamique mondiale prônant les intérêts personnels et nationaux. Entre les crimes de guerre et la mort ou l’arrestation de civils innocents, ces événements interrogent l’Union Européenne dans ses aspirations. Soixante-et-un ans après la mort de Robert Schuman, l’un des pères fondateurs qui défendait une « paix mondiale », qui ne pouvait être sauvegardée « sans des efforts créateurs proportionnés aux dangers qui la menacent », cet article nous questionne aussi sur notre place en tant qu’homme. Comment rétablir le sens des « mots-clés » de l’Europe ? Comment agir à son échelle ou encore comment faire face à la désinformation ? Cette grande régression démocratique ne doit pas ainsi nous plonger dans un désespoir irrémédiable mais au contraire nous mettre en mouvement ; nous mettre en mouvement vers l’Autre, vers la Dignité, vers la Paix.
Ce soixante-huitième numéro d’Elan pose donc une question : que faire ? Au coeur d’une société humaine plurielle, traversée par des tensions et des joies… que faire ? La réponse ne peut être dans tous les cas qu’une réponse active. Ainsi, dans la diversité des articles que vous vous apprêtez à lire, une seule constante se dessine : celle d’un appel à l’agir, ou oserions-nous dire d’un appel à « l’élan » dans le monde. Entre les peurs et les doutes de notre époque, chacun trouvera dans ces pages une voie qui lui est propre pour répondre et contribuer au tissu du réel. En tous cas, les vingt-et-un étudiants et tous les autres garderont ces quelques mots à l’esprit : « s’engager pour unir les hommes ».
Éditorial de l’édition 2023
Etienne TROESTLER
Nous vivons des mutations. Subies ou choisies, elles indiquent un progrès ou une faillite, des espoirs ou des défaites. Chaque génération semble être témoin ou acteur de mutations. Rien de nouveau à cela. Que devait-on penser lors des premières constructions gothiques ? Enfin la lumière et les couleurs dans nos bâtiments, mais quelle « fragilité » ! La Renaissance bouscule encore une fois les codes. Et plus tard, ce Galilée qui chamboule tout ! Quelle excitation avec Luther et ses idées de réforme dans l’Eglise ! Etc.
Les progrès techniques sont souvent assez facilement perceptibles, surtout pour les moyens de communication, la médecine et bien d’autres domaines. Ils sont tangibles. Mais d’autres évolutions, qui sont des mutations peut-être plus anthropologiques, échappent un peu à l’analyse.
Il en va ainsi de notre rapport au religieux. Il est donc intéressant de voir comment, en Occident, l’idée de transcendance évolue. L’article Vivre ensemble la fin du monde de Martin Steffens se penche sur notre rapport à l’Histoire, qui est une Histoire qui prend fin, sans pour autant mettre un point final au monde… Et si aujourd’hui il y a – encore – des adeptes du patrimoine, il y a aussi tout un courant qui traverse la société pour signifier une option préférentielle pour la Nature. Certains diront qu’il n’y a pas contre-indication ou opposition à servir les deux ; il y a cependant mutation dans notre interprétation des relations entre ces deux composants de notre existence. L’Histoire ne s’arrête pas. Il est possible de s’en échapper, de tuer le père, mais il est toujours impossible de nous sauver nous-mêmes, seuls, ou de sauver la planète comme un dieu efficient, car justement, personne ne peut s’approprier ni l’Histoire, ni la Nature. Nous nous devons de vivre la finitude. Nous nous devons d’habiter le présent. Alors, comment traverser notre monde sans s’y perdre ?
Il est possible aussi de s’interroger, dans cette perspective même, sur la transmission culturelle et religieuse. Le constat est assez simple : il y a des ruptures culturelles qui rendent plus difficile d’appréhender avec justesse et rigueur des notions comme la religion et, en conséquence, la laïcité. La difficulté est grande lorsque, dans un dialogue, les références ne sont pas comprises : c’est quoi le sacré pour un chrétien, un musulman ? C’est quoi l’évangélisation ? C’est quoi l’Incarnation ? Si ces notions ne sont plus appréhendées par le vis-à-vis, comment peut-il traverser sans heurts un monde commun qui ne pourra être saisi autrement que par les seules lunettes du matérialisme ?
Le christianisme vit ses propres mutations, souvent trop tenté qu’il est de conserver une tradition fantasmée face à des pratiques cultuelles éclatées, dans un grand self-service des religions. Et pourtant, la notion de transcendance ne s’est pas envolée au gré des assauts de l’athéisme et du scepticisme. Il se trouve que le vivre ensemble, la rencontre de l’autre, c’est toujours une expérience radicale, celle de la rencontre d’un absolu, d’un radicalement différent. Il semble même que la chaotique relation femme / homme procède de ce principe, au-delà de la question du Droit. A mesure que l’on déploie une énergie débordante à vouloir légiférer pour fabriquer de l’égalité, de la concordance, de la mêmeté, on est bien obligé de s’apercevoir que la spécificité et la distinction ne se dissolvent pas dans le bain du semblable. Peut-être faudrait-il alors aussi remettre à l’endroit la notion de religion. Dans son acception contemporaine, c’est toujours sous l’aspect institutionnel qu’elle est abordée. Or, une religion, c’est un peu comme notre cerveau : un système de relations extrêmement complexes, avec des liens qui se font, se défont, mutent ou disparaissent (liens entre les hommes, Dieu, la Nature…). La religion comme re-lier, religare… Cet aspect est – volontairement ? – mis de côté, au profit du culte « d’une société scientifique, technique et marchande ». Cette dernière expression est empruntée à Dominique Roth. Un humain dévoué intégralement aux sciences, soumis aux technologies, est de fait un parfait consommateur.
Enfin, il semble que l’éducation joue un rôle majeur… Si l’on confie à l’école la transmission des savoirs, du moins de certains savoirs, des domaines entiers de nos existences échappent, par choix politique ou par héritage successif, à l’institution. L’éducation religieuse, mais la cuisine aussi par exemple, sont confiées aux familles ou à des institutions décrédibilisées par les tenants officiels du savoir. Que l’État ne régente pas toutes les composantes de la « formation », de « l’éducation » est en soi une bonne chose. L’école se doit d’ailleurs d’apprendre à réfléchir, à savoir porter une analyse, développer l’esprit critique. Mais le constat est aigre-doux. La démocratie toussote, l’esprit critique devient souvent « moi d’abord », le consommateur est docile… Ainsi, il serait intéressant de mettre du « savoir dans la croyance », car croire est une caractéristique humaine. Bref, outre la nécessaire connaissance de l’histoire des religions, il est important aussi de permettre une intelligence du croire.
Si l’on s’arrête, tout de même, sur l’institution Église, on lira utilement deux articles (J.-L. Hiebel et J.-P. Blatz) qui abordent sa nécessaire mutation, réforme, rénovation, transformation… comme on voudra. Un jour peut-être, n’aurons-nous plus à publier ce type d’analyse hic et nunc encore requise si l’on souhaite sortir de l’impasse. Nous consacrerons alors nos énergies aux enjeux
Et puis, comment, au travers des siècles, en sommes-nous arrivés en Occident à un Homme au comportement despotique face à la Nature, cette Nature si proche et si lointaine, qu’il ne connaît finalement pas aussi bien qu’il le prétend ? L’Homme dominant, avec une structure mentale verticale en partie permise par les religions du Livre, serait en cause. Mais, ne serait-ce pas aussi dû à un anthropocentrisme philosophique détaché de toute référence d’une quelconque transcendance ? Une philosophie qui oublie la question du tout Autre devient fatalement anthropocentrique !
Un peu d’exégèse est toujours utile et permet de ne pas faire croire ou dire ce que les textes fondateurs de la Bible ne disent pas. On peut aussi à l’occasion pointer les erreurs du passé, les dérives, dans la lecture scrupuleuse de ces textes fondateurs. Une fois ce travail effectué, il reste à savoir si l’union corps et âme du thomisme serait le chemin que nous empruntons –toujours– pour aller vers un Dieu d’amour (amour comme une union). Quelles conséquences dès lors pour nos liens avec la Nature (liens d’amour…) ? Demeurons-nous toujours, un peu, quelque part, proches de l’autonomie des substances, avec une Raison pure, reine de nos sens et de nos choix ?
Reste entière, également, la question de la révélation et de la foi en un Homme-Dieu. Un « incommensurable » qui n’est peut-être pas à mettre de côté trop rapidement, hors-champ, hors-monde, mais qui est plutôt à placer au début, au bout ou sur le chemin d’un parcours de vie. Il doit être intégré, absorbé, travaillé, car ni la Nature vécue comme un ensemble de relations plutôt complexes, ni la foi (a fortiori complexe…), ne sont extérieures à l’expérience. Celle-ci, à travers la société marchande mondialisée, la standardisation des biens culturels, l’aliénation par le travail, n’est pas hors-monde, elle est monde. La foi et la Nature sont bien sûr traversées, transpercées, trouées par cette société. Cette société, compagne de la sécularisation, est donc à l’oeuvre dans nos existences faites de fêlures et d’inconnu. La Nature fantasmée, unique, sans aspérité, bonne, généreuse, sans faille, Dame rêvée, ne serait-elle que l’objet des sciences et donc objet d’un désir qui échappe, qui fend le réel ? Il y a bien un divorce avec la Nature si on souhaite sa mise à distance en en faisant essentiellement un objet d’études scientifiques. En faire un objet de science sans y voir un « incommensurable », c’est faire fausse route. On a une expérience de la foi, comme on a une expérience de la Nature. Il s’agit alors d’intégrer « l’incommensurable », pour mieux intégrer la Nature.
Notre force, notre autonomie, c’est l’expérience d’un décentrement, une identification non-narcissique avec ce qui est étranger, une expérience qui peut se vivre par la foi ou la philosophie sans succomber aux charmes des nombres. La théologie comme science est fondamentale pour une intelligence de la foi, mais ce n’est jamais la foi. De même, il est essentiel de comprendre le fonctionnement cellulaire d’un végétal, ou encore les grandes mutations à l’échelle de millions d’années ; faut-il y perdre pour autant notre capacité de jugement et voir dans la Nature seulement un objet ? Le jugement est une activité bien humaine qui peut s’exercer sans fatalement en faire un anthropocentrisme. Celui-ci est davantage l’apanage des sciences dites dures que des sciences humaines, on a tendance à l’oublier. On pourrait penser que les « professionnels » du décentrement sont les leaders de la critique de l’anthropocentrisme. Mais l’Eglise, pour la nommer, semble un peu oublier l’expérience de cette « centralité d’un décentrement », et préfère s’abriter sous la tonnelle du cultuel, par paresse intellectuelle et par passivité militante. On pourrait ici évoquer la philosophie qui ne semble pas plus, actuellement, proposer des voies crédibles et acceptables. Aller dans le Monde, compagnonner avec la Nature, se frotter à l’art contemporain (qui n’arrête jamais d’interroger le réel, le beau, le vrai, le brut…), questionner sa violence… voilà des chemins que le christianisme et la philosophie seraient capables de prendre plus souvent et plus sérieusement s ‘ils proposaient l’expérience du décentrement. Rien ne s’y oppose.
